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Ce nouveau roman de Laurent Gaudé se passe en Haïti. On découvre une série de personnages dans les semaines qui précèdent le séisme de janvier 2010, et on les suit dans les premiers jours qui suivent le tremblement de terre.
On est face à un roman court mais d'une envergure incroyable. Dès les premières pages, on est happé par l'île d'Haïti, on la découvre, on la sent, on la touche presque, tellement les mots nous transportent vers cet ailleurs.
Les personnages sont terriblement attachants. A nouveau, malgré que le roman ne soit pas long, on est face à une vaste galerie de personnes qu'on a l'impression de connaître et auxquels on s'attache. Et ce qui est incroyable dans ce roman, c'est qu'en parlant de l'horreur qui a déchiré la terre d'Haïti et qui a plongé des milliers de personnes dans le deuil, la perte, la misère, c'est un ode au bonheur, à l'envie de vivre, de survivre, aux moments heureux qui parsèment notre existence, aux rires, aux amis que Laurent Gaudé met en scène.
Comme dans "Pour seul cortège" qui nous avait déjà séduites à la librairie et pour lequel nous avions eu la chance de recevoir l'auteur à Namur, Gaudé fait parler les vivants autant que les morts. Surprenant en partie mais terriblement juste.
On savait que l'écriture de Laurent Gaudé était de grande qualité et, à nouveau, on retrouve le lyrisme, la musicalité des mots, la sensualité du texte qui s'écoute autant qu'il se lit. Un roman à ne pas rater dans cette rentrée littéraire hivernale.
Catherine
Hiver 2015
Le plus anxiogène des Lars Kepler ! Après 13 ans, un enfant disparu est retrouvé, hagard, sur une voie de chemin de fer. Son présumé kidnapper, considéré pour de multiples affaires comme un tueur en série psychopathe, est pourtant enfermé depuis autant de temps dans une unité psychiatrique. Une course contre la montre s'engage pour retrouver la sœur du rescapé, dont la mémoire est très altérée. Sur la piste, l'un des enquêteurs d'il y a 13 ans, Joona Linna, et une jeune recrue qui va infiltrer comme patiente hyper dangereuse le service de soins. Haletant, magnifiquement construit, le lecteur se surprend à reprendre ses tartines et son café, noir bien sûr, retour au temps des nuits blanches de Millenium !
Véronique G.
Automne 2014 - disponible aussi en format numérique.
L'excellente Denise Mina nous replonge dans les zones d'ombre de Glasgow où son inspectrice, mère récente de jumeaux et sœur d'un voyou de la ville, va se retrouver confrontée à la corruption, plus proche d'elle qu'elle ne l'a jamais imaginé... Denise Mina possède un don unique pour associer histoires personnelles singulières et situations sociales et politiques préoccupantes, un écheveau à démêler très bien construit.
Véronique G.
Automne 2014 - disponible aussi en format numérique.
Rétro mais délicieux, ce dessert de Noël ! Seul écrivain de sa célèbre famille, un unique fils assez calme mais six filles plus excentriques les unes que les autres, Nancy Mitford possédait l'art consommé de dénoncer un certain type de société et d'éducation, mélange d'hypocrisie et de politesses, de ridicule et de grandiose et son style si particulier décrit finalement très justement les vraies souffrances, petites et grandes, de l'existence. Ici, l'atmosphère particulière d'un Noël anglais à la campagne, guindée mais capable de folies, va révéler la profondeur inattendue de certains personnages et nous donner, mais oui, quelques leçons de vie. Drôle, ironique et même méchant mais, assurément , très digeste !
Véronique G.
Décembre 2014 - aussi disponible en format numérique.
Pauline Guéna, romancière française et Guillaume Binet, son mari, photographe, sont partis aux États-Unis pour un voyage d'un an, sur les traces de 26 de nos écrivains préférés : Russel Banks, Richard Ford, Laura Kasischke, Ron Rash, Siri Hustvedt, etc., en emmenant dans leurs bagages et dans leur camping-car leurs quatre enfants, âgés de 2 à 11 ans. Un pari un peu cinglé ! Cela donne des interviews passionnantes, inscrivant à chaque rencontre les auteurs dans leur région, qu'ils soient Joseph Boyden ou ce vieux rocker (d'allure, voir la photo !) de T.C. Boyle et, à côté de leur portrait en mots et en image (une seule), les photos décalées des enfants (nombreuses) qui donnent à l'ensemble un charme fou. Au delà de la littérature, c'est de l'Amérique sociale, culturelle et politique dont nous parle ce livre très réussi.
Véronique G.
Cristian Barnett, photographe londonien, s'est lancé dans le projet un peu fou de partir à la rencontre des peuples qui habitent à la même latitude, 66°33'44''N exactement, sur le cercle polaire. De l'Alaska, en passant par le Canada, le Groenland, l'Islande, les pays Scandinave, jusqu'à la Russie, il nous parle dans ses photos de son voyage, mais surtout de ce qui relie ces hommes, ces femmes, ces enfants, très semblables et très différents aussi, à la frontière entre la tradition et la modernité, tellement chaleureux malgré le froid omniprésent. Dans ces portraits simples et touchants, on sent qu'il porte sur ces hommes croisés au détour du chemin un regard positif, enthousiaste, respectueux. Ce livre est une invitation au voyage dans les grands espaces, mais surtout une rencontre riche avec des peuples libres et forts.
Delphine
Passionnant, ce recueil d'entretiens est tout simplement passionnant. On rencontre Raoul Vaneigem évidemment (un des membres de l'Internationale situationniste) mais aussi Guy Debord, Michèle Bernstein, Attila Kotányi, Mustapha-Khayati... et surtout on part à la rencontre de l'histoire de ces penseurs et de leurs idées, de ces hommes en révolte qui voulaient proposer "autre chose". A l'heure où notre pays est en crise, où les grandes grèves des années 60 sont évoquées par beaucoup d'entre nous, il est passionnant de se plonger dans l'histoire de ces contestataires qui cherchaient sans cesse à réfléchir à notre monde, à son avenir.
La lecture est agréable, dynamique, rythmée par des questions, des réponses, des bribes de vie, des anecdotes, des théories aussi. De nombreux documents (articles de presse, lettres, photographies, etc.) insérés dans le texte font de cette oeuvre un véritable beau-livre.
Le livre débute à Lessines, près de Ath, quand les sirènes des usines rythment la vie des citoyens. Vaneigem nous livre une part de son enfance, et répond aux questions de Berréby qui tente de comprendre d'où viennent le caractère et la force de conviction qui ont façonné le parcours de cet homme, auteur du "Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations". Au fil de la discussion, nous partons à la découverte de la poésie, de l'art, qui ont aussi nourri le mouvement situationniste et les réflexions d'ordre politique.
Profondément anticlérical, antibureaucrate, libertaire, Vaneigem est surtout et avant tout un grand humaniste. Le retour sur le mouvement situationniste, et plus largement sur l'histoire sociale, qui est proposé dans ce livre est une source infinie de réflexions qui pourrait donner naissance à de nouveaux projets (et il en faut) car aujourd’hui, rien n'est fini... tout commence.
Catherine
Roman policier, enquête, complot économique et financier, course poursuite, Kobra a tout du bon roman d'espionnage. L'histoire commence dans une guest-house isolée en Afrique du Sud où un citoyen britannique semble se cacher... mais se cacher aux yeux de qui? Et pourquoi? Très vite, différentes pistes se dessinent, plusieurs fils s'entremêlent. En parallèle, Tyrone, simple petit pick-pocket plutôt sympathique, se retrouve au cœur d'une affaire dont il ne mesure pas tout de suite l'ampleur.
La narration est vive et variée. D'un chapitre à l'autre, on change de rythme. D'une part, on est emporté dans une véritable course poursuite haletante où les coups de feu fusent. D'autre part, on suit l'équipe des enquêteurs dans leurs réflexions, dans les embûches qu'ils rencontrent (et pas des moindres quand l'affaire atteint les sphères de la finance) et dans les stratégies qu'ils mettent en place. Tout cela donne un très bon roman policier, bien construit, équilibré. Un rien inquiétant aussi, car à la fin, on se demande si le mobile des meurtres ne correspond pas à une réalité actuelle.
Catherine
Octobre 2014 - disponible aussi en format numérique.
Cette petite étude des outils en cuisine nous entraîne dans l'atelier de grands cuisiniers. Laurent Dupont a rencontré une trentaine de grands chefs et leur a demandé à chacun quel était leur outil de travail "préféré". De la cuillère à la balance, en passant par l'économe ou la passoire, chaque chef nous raconte pourquoi tel ou tel objet est central dans son art.
Le livre présente ainsi pour chacun un texte et de jolies photos noir et blanc. Voici une belle manière de s'intéresser aux liens qui unissent les hommes et les outils et de découvrir le travail des grands chefs, ce qui leur tient à cœur. Un livre qui sort de l'ordinaire, parfait pour les amoureux de la gastronomie.
L'ère de l'égoïsme, comment le néolibéralisme l'a emporté. Un titre qui annonce la couleur sans avancer masqué... Dans ce roman graphique en trois volets, Darryl Cunningham nous raconte ce qui a conduit à la crise financière de 2008.
Dans un premier volet, Cunningham nous raconte la vie et nous expose la pensée d'Ayn Rand, sans cacher son antipathie pour les idées de cette défenseuse acharnée de la liberté individuelle et de la loi du plus fort, tout régulation étatique attirant ses foudres. L'auteur montre aussi l'influence d'Ayn Rand sur certains décideurs d'aujourd'hui aux Etats-Unis.
Vient ensuite une seconde partie dans laquelle se déploient les processus et mécanismes qui ont conduit à la crise des subprimes. Cynisme, cupidité, folie des grandeurs des méga-groupes financiers, qui planent loin au-dessus des réalités de l'immense majorité des "vrais gens". Le dessin donne toute sa force au propos de l'auteur, qui nous laisse tout de même respirer grâce à quelques bons traits d'humour grinçants. Si le sujet est complexe, certaines démonstrations sont d'une limpidité exemplaire, comme celle qui établit le lien entre la gourmandise des groupes financiers et la suspicion devenue généralisée envers les allocataires sociaux, ici à travers l'exemple des contrôles relatifs aux allocations des personnes handicapées en Angleterre.
Dans le troisième et dernier volet, Cunningham développe une comparaison entre les "tempéraments" progressistes et conservateurs, sur base d'une théorie psychologique qui peut laisser perplexe mais qui ne manque pas de faire réfléchir.
C'est ardu mais didactique et plein d'humour. Pour tout qui veut porter un regard lucide sur notre monde, ce livre prêtera à réflexion et à débat, et donne furieusement envie de creuser la question.
Natacha
Nous l'avions découvert avec Paris Vs New York, paru en 2011. Cet artiste reconnu mondialement nous séduit une fois de plus avec sa nouvelle création Tick Tock, mémoires visuelles du temps qui passe où il nous livre sa géniale vision graphique du temps. C'est fin, surprenant, rythmé, très inventif et particulièrement beau. Ce livre a aussi le mérite de nous faire réfléchir sur la notion du temps dans nos sociétés contemporaines, entre nos souvenirs figés dans un passé impalpable, notre quotidien où tout doit aller très vite, et notre futur à construire. Une originale idée de cadeau ! Ouvrez grand les yeux et laissez vous porter par le travail de l'artiste...
Delphine
On avait adoré Imaqa et Maurice et Mahmoud, les romans joyeusement débridés de Flemming Jensen qui traitaient avec un humour tout nordique mais pas mal d'humanité du thème des différences culturelles et de l'intégration. On se délecte cette fois de ce petit traité pas comme les autres, à l'attention de tous les noctambules et autres philosophes de la nuit, qui mettent à profit ces "heures perdues" pour refaire le monde. Si ce petit livre est un exercice de style drôlement réussi, il nous donne surtout à réfléchir sur autant de sujets de fonds qu'on prend rarement le temps d'aborder, en plein jour. De l'existence de Dieu à la guerre en Irak, Flemming Jensen, romancier et humoriste danois, nous livre sa vision du monde, sans prétention, avec beaucoup de sincérité et de bonne humeur. Un petit livre tendre et drôle à offrir sans hésiter !
Delphine
Un roman attachant, très humain, dans l'Italie des années 50-60, à travers le regard d'Elena, petite fille puis adolescente, qui, poussée par sa famille, parviendra à faire des études. Elle raconte ce quartier populaire de Naples, où elle est née, et son amitié profonde avec Lila, l'enfant rebelle et surdouée. Un quartier toujours en ébullition, où la violence est courante, où les rancunes sont tenaces.
Elena Ferrante étudie finement l'évolution des deux gamines, Elena et Lila, en proie aux doutes, comme toutes les adolescentes, face à elles-mêmes et à tout ce qui les entoure. Ambiance, charme, tendresse.
Véronique B.
Rentrée littéraire - octobre 2014 - traduit de l'italien par Elsa Damien - disponible aussi en format numérique
Toi, tu prends des images comme un pêcheur rejette à l'eau le poisson qu'il a pris. Tu considères que tu as suffisamment préempté la nature quand elle t'a donné une photo. Après, tu refais ton sac et tu replies le camp. Tu n'auras pourtant rien capturé d'autre qu'un instant.
Ce sont les mots de Paul Hermant pour introduire et accompagner les photos de Michel d'Oultremont, le tout jeune photographe à l’œuvre dans ce livre d'une beauté confiante et lumineuse.
La nature en forêt, souvent à l'aube, est magnifiée par les images sensibles. Oiseaux qui s'envolent à fleur de brume, écureuils, cerfs, sangliers ou simplement les arbres, un étang, le sous-bois. A l'affût, tout semble en suspens.
Le prix Médicis essai 2014 attribué au troisième volume de cet objet littéraire, politique et artistique, c'est l'occasion de redécouvrir l'ensemble de la trilogie.
Ce qui frappe tout d'abord, c'est la beauté de ce livre semé de dessins à l'encre de Chine, qui répondent au texte avec une grande liberté, laissant au lecteur le soin et le choix de ce qui fait sens entre l'écrit et le dessin.
La forme à la fois libre et limpide du texte éclaire, par fenêtres entrouvertes, l'histoire du XXe siècle, et fait chambre d'échos entre notre présent et l'avant-guerre, ici la fin des années trente et le tout début de la seconde guerre. L'oeuvre livre en effet un portrait de Walter Benjamin, qui se suicidera en 1940, en alternance avec les remous d'un attentat qui eut lieu en 1980.
C'est l'occasion de faire connaissance avec Walter Benjamin à travers un objet très littéraire et artistique, étayé d'extraits de lettres et de citations. La liberté prise par l'auteur dans la forme rend la lecture captivante et en fait de ces livres qui nous font, entre deux temps de plongée dans le texte, relever la tête pour réfléchir, à nous-mêmes et à notre monde...une qualité incontestable.
Natacha
Par une approche philosophique, psychanalytique, historique et étymologique, Dany-Robert Dufour invite à une réflexion prodigieusement intéressante sur ce qu'on appelle communément "le progrès". Ce faux progrès qui tend à rendre l'homme superflu, qui entraîne la destruction des savoir-faire et des savoir-vivre : la déchéance physique et sociale des individus, la marchandisation progressive du monde, les accidents industriels et la pollution massive...
Pour se diriger vers un véritable progrès, Dufour donne ici quelques pistes de réflexion pour que le monde soit vivable et pérenne : "Il faut inventer un nouvel usage de la technique, un usage éclairé". Un livre à la portée de tous, car Dany-Robert Dufour est aussi un excellent pédagogue.
Véronique B.
Rentrée littéraire - octobre 2014 - disponible aussi en format numérique
Ce superbe roman d'ambiance dépeint l'Amérique des années 1940 à 1990. On côtoie la bourgeoisie, les amoureux de la littérature et les femmes. C'est magnifiquement écrit sans être pompeux. Les personnages sont attachants et pleins de finesse. Un régal !
Catherine
Rentrée littéraire - août 2014 - disponible aussi en format numérique
Deux lieux, deux époques, une double histoire : des Iles hybrides des années 1850 en Ecosse à l'Ile d'Entrée aujourd'hui, une île de pêcheurs de homards dans les Iles de la Madeleine, au Canada, où l'inspecteur Sime MacKenzie enquête sur le meurtre de James Cowel. Pendant ses nombreuses insomnies, Sime, d'origine écossaise, se rappelle les histoires que lui racontait sa grand-mère : la famine de la pomme de terre dans les Hybrides, et l'expulsion de nombreux Ecossais vers le Canada. Au fil du récit, les liens entre le passé et le présent se précisent. Dans ce roman noir, on retrouve Peter May, amoureux de sa terre natale avec ses mystères et sa nature sauvage.
Véronique B.
Rentrée littéraire - septembre 2014 - disponible aussi en format numérique
Sur l'île d'ICI, règne l'ordre et la discipline. Ses habitants mènent une vie on ne peut plus répétitive, entre leurs petites maisons, toute identiques, leurs petits jardins, tout bien taillés, leurs petits chemins, bien calculés, vers leur lieux de travail. Ils y accomplissent des tâches on ne peut plus rassurantes, et tout aussi dénuées de sens que leur vie. Tous y vivent dans un grand calme, le dos soigneusement tourné des rivages qui les entourent et de la mer qui les conduit vers le LA ! Dave, un homme comme les autres, va bien malgré lui semer la zizanie sur l'île... Ou plutôt sa barbe, qui va se mettre à pousser de manière effrénée, au point de sortir de sa maison et de causer dans la ville quantités d'incidents. Mais voici qu'une brèche est ouverte dans l'esprit des habitants impeccables d'ICI. Le désordre est désormais à portée de mains...
Un très fin roman graphique, au délicat dessin au crayon gris, qu'on lit comme une fable burlesque et fantastique. Stephen Collins nous parle avec un humour très flegmatique d'un monde peut-être pas si différent du nôtre et nous donne à réfléchir sur le sens de nos vies.
Delphine
En septembre, Marabout a réédité plusieurs de ces livres de recettes dans la collection "Mon cours de cuisine, les basiques. C'est l'occasion de redécouvrir cette excellente collection qui propose des recettes simples à réaliser. Chaque étape est illustrée par une photographie, cela permet de visualiser clairement ce qu'il faut faire pour arriver au résultat final...
Avec le recueil sur les légumes, on découvre une foule d'idée pour exploiter les légumes de la région et les éventuels fonds de paniers bio. Beignets de maïs, gratin d’échalotes, minestrone, ravioli à la butternut et même brownies à la betterave. Un tout bon livre de référence pour manger sain, sans se lasser.
Poétique, politique, émouvant, instructif, ce court texte de 160 pages est d'une force rare. L'auteur rend une sorte d'hommage au peuple vietnamien en s'adressant à une petite fille, Liên, qui vit dans le Nord du Vietnam. Lourdement handicapée car descendante d'un père contaminée par l'agent orange lors de la guerre du Vietnam, Liên mène une vie détruite. L'agent orange, c'est cet herbicide composé en grande partie de dioxine et déversé par l'armée américaine entre 1961 et 1971 par hectolitres au dessus de la forêt vietnamienne.
Le livre de Jean-Marc Turine nous amène à découvrir le quotidien de toute une série de familles dont les enfants sont touchés par les conséquences de cette guerre chimique menée parfois plusieurs dizaines d'années avant leur naissance. C'est aussi une manière d'apprendre ce qui s'est passé durant la guerre du Vietnam. L'auteur ne se cache pas pour dénoncer la malveillance des industries chimiques, toujours non-condamnées aujourd'hui.
Alternant prose poétique, photo, texte court, c'est une lecture vivifiante, poétique et originale qui nous est proposée. Voilà un livre qui sort de l'ordinaire, tout en étant accessible. Quelle belle découverte.
Le talent de Posy Simmonds (Gemma Bovary, Tamara Drewe, mais aussi Le chat du boulanger, album jeunesse) frappe ici les acteurs de la vie littéraire de son humour dévastateur : l'Auteur, l'Editeur, le Lecteur, le Libraire sont croqués sur le vif et sur le gril... Fin, fin, cela se mange sans fin...
Véronique G.
Été 1936. L'Espagne est déchirée par une guerre civile d'une violence sans nom : les nationalistes phalangistes de Franco, soutenus par le clergé, imposent la loi de la terreur pour contrer les assauts impétueux des républicains qui rêvent de construire une nouvelle Espagne.
Dans ce roman, deux voix émergent et s'entrelacent, pour évoquer cet été sanglant. Deux voix très différentes mais deux voix sincères qui ont à cœur de livrer leurs souvenirs, leurs émotions, de témoigner. La voix de George Bernanos d'abord, qui, tout ultra catholique et monarchiste qu'il est, crie son dégoût et dénonce avec force l'épuration systématique dont il a été témoin à Majorque, perpétrée par les nationalistes. Celle de Montse ensuite, jeune fille de seize ans et mère de la narratrice, qui se souvient et raconte dans une langue unique, à mi-chemin entre le français et l'espagnol, tout l'émerveillement que provoqua en elle l'insurrection libertaire de cet été où le monde s'ouvrit à elle et où elle découvrit l'amour.
Lydie Salvayre nous livre ici une œuvre romanesque portée par un vrai souffle, et arrive à nous faire revivre cette sombre période de l'histoire, dans un petit village catalan avec ses ombres, ses secrets, ses peurs, ses haines fratricides. Elle nous impressionne surtout par son écriture vivante et forte, créative, vraiment surprenante.
Ce roman à obtenu le prix Goncourt 2014.
Delphine
Rentrée littéraire - septembre 2014 - disponible aussi en format numérique
Zeruya Shalev tisse un magnifique roman autour du thème de l'amour à travers la quête de trois personnages : Hemda, la mère, Dina, la fille et Avner, le fils. Hemda, à la fin de sa vie, alitée, repense à la dureté de son enfance au kibboutz, à la figure de son père adoré mais exigeant, à son mariage sans amour et à sa maternité problématique. Dina, prof heureuse en couple, vit mal la fin de la douce fusion avec sa fille unique, devenue adolescente et rêve d'adopter un autre enfant mais est-ce la bonne solution ? Avner, le préféré de sa mère, avocat des Bédouins et des Palestiniens, ne peut plus supporter son mariage raté et se perd dans la fascination d'un couple aimant entrevu à l'hôpital : il a vu le vrai visage de l'amour...
Dans ce livre profond, à l'écriture puissante, l'espoir arrivera comme une superbe éclaircie qui baignera ces trois personnages blessés.
Ce livre vient d'obtenir le prix Femina en novembre 2014 et on s'en réjouit, c'est bien mérité.
Véronique G.
Rentrée littéraire - septembre 2014 - disponible aussi en format numérique
Dans un jeu subtil, l'écrivain irlandais John Banville met en scène l'un de ses doubles, Alex Cleave, comédien vieillissant de nouveau engagé sur un grand projet, qui est hanté par le souvenir de deux étoiles mortes : Mme Gray, mère de son meilleur ami mais surtout son premier (et unique ?) amour à 15 ans, et sa fille Cass, qui s'est suicidée il y a 10 ans. Pour Alex, la douleur de la perte s'adoucit grâce à ses souvenirs, qu'il ressasse, et à son nouveau rôle au cinéma où il joue un imposteur (encore un double !) face à une jeune actrice célèbre dont l'extrême fragilité lui rappelle celle de sa fille. Bouleversé, il avance doucement dans la compréhension des autres mais surtout de lui-même...
Mêlant sensualité et poésie, l'écriture de Banville sert ce bel hommage à la mémoire des êtres aimés.
Véronique G
Rentrée littéraire - octobre 2014 - disponible aussi en format numérique