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Nous sommes en Angleterre, dans les années 1990. Kevin prend le train vers Glasgow pour enquêter sur un ancien ami artiste, écrivain. Il revient ainsi dans sa ville natale alors qu'il réside à Londres depuis une dizaine d'années avec son fils, David. Il s'intéresse à cet ancien ami, Mike, dont il fut le confident littéraire, et qu'il n'a pas revu avant son décès du SIDA. Entraînant le lecteur avec lui, Kevin se remémore sa vie à Glasgow et nous plonge dans ses souvenirs, dans le milieu de la drogue, dans les entrailles de la ville ravagée par le déclin économique. Le récit de sa rencontre avec Mike est tout aussi hilarant que glauque et donne le ton du livre dès le départ. On ne va pas s'ennuyer. Kevin se souvient de ce qu'était la vie de Mike avant son départ de Glasgow, une vie faite d'écriture et de piqûres d'héroïne. Il cherche aussi à savoir ce qu'il est devenu par la suite en contactant leurs anciens amis communs.
A travers cette quête, ce sont de multiples questions, réflexions qui surgissent. Qu'est ce que l'amour et l'amitié ? Pourquoi écrit-on ? Pourquoi se drogue-t-on? Où nous emmène la vie quand on démarre l'âge adulte à coup d'injections? Ce texte retourne notre estomac par son réalisme et nous livre une galerie de personnages finalement très attachants.
Un roman noirissime mais qu'il ne faut pas mettre sur le côté pour autant. Le style est lumineux, sans accroc et le livre nous appelle dès qu'on le referme.
Catherine
Mars 2016 - Traduit de l’anglais (Ecosse) par Clélia Laventure.
Voici un petit texte court publié par nos amis d'Allia qui éditent des pépites dans des livres très soignés et à des prix hyper démocratiques. Le texte date de 2014, mais il n'a pas pris une ride. L'auteur propose quelque chose qui se situe entre le récit et l'essai philosophique. Armé d'une douzaine de billets d'avion Easyjet, Alexandre Friederich va en quelques jours prendre une vingtaine de vols Easyjet et observer ce qu'il s'y passe. Il nous livre alors une belle réflexion sur l'Europe, sur nos habitudes en terme de mobilité aérienne, sur l'évolution de notre société. Il dévoile aussi l'histoire de la compagnie low cost, et tente de décoder ses modes de management.
C'est instructif, vif et percutant.
Catherine
Avril 2015 (mais pour un ouvrage édité en 2014) - existe aussi en format numérique.
Justin, 11 ans, disparaît un soir d'été, sans laisser de traces. Pendant quatre ans, ses parents et son frère ne vont jamais cesser d'espérer, vont poursuivre leurs recherches, inlassablement. Ont-ils encore raison d'y croire après ces longues années ? Quand on le retrouve, comme par miracle, après quatre ans, sa famille va tenter de se reconstruire, de surmonter ses angoisses, de panser ses blessures. Pas si évident de retrouver une vie normale quand on a vécu si longtemps dans l'attente et l'angoisse...
Ce roman traite de l'absence mais surtout de la culpabilité d'une famille au retour du fils perdu. Ont-ils vraiment fait tout leur possible pour essayer de retrouver Justin ? Comment vont-ils faire face à cette explosion d'émotions mêlées ? Comment vont-il se reconstruire et redevenir une famille comme les autre après avoir traversé cette épreuve ? Comment Justin va-t-il se réintégrer à ce monde qu'il pensait avoir perdu ?
Bret Anthony Johnston nous pose toutes ces questions dans ce roman habilement construit et décrit les membres de cette famille avec une grande finesse psychologique et beaucoup de pudeur. Nous sommes happés par le récit, rythmé, suspendus au destin de cette famille au bord du gouffre.
Un premier roman réussi et très juste.
Delphine
Mars 2016 - Traduit de l'anglais (USA) par France Camus-Pichon - existe aussi en format numérique.
Virtuose de la langue, Alessandro Baricco nous entraîne une fois de plus dans un monde étrange et envoûtant, plein de poésie et de sensualité.
Nous suivons les pas de la Jeune Epouse, jeune fille de 18 ans fraîchement débarquée d'Argentine pour rejoindre le jeune homme à qui elle est promise. Nous sommes à la fin du XIXe siècle, dans une maison du Nord de l'Italie habitée par d'excentriques aristocrates aux moeurs bien fantasques mais raffinées. La jeune fille y fera la connaissance de la Fille, la Mère, le Père, l'Oncle, mais pas de futur mari en vue. C'est que le Fils est parti depuis quelques temps en Angleterre et personne ne sait exactement la date de son retour. Qu'à cela ne tienne, la Jeune Epouse décide donc de l'attendre dans cette si singulière maisonnée et de s'y laisser initier à ses étonnants rituels. Mais peu à peu sa présence modifiera le cours tranquille de la vie de la maison...
Dans cette fable presque hors du temps, Alessandro Baricco joue avec ses personnages, nous livre une vision malicieuse de notre société et nous offre une formidable réflexion sur le métier d'écrivain. Car il n'hésite pas à s'y mettre en scène dans de savoureuses digressions sur la narration et l'écriture. Ce livre est une preuve, s'il en faut encore, que Baricco est décidément maître de l'écriture subtile.
Delphine
Avril 2016 - Traduit de l'italien par Vincent Raynaud - existe aussi en format numérique.
Macaroni !, c'est l'histoire de l'immigration italienne dans la Belgique d'après-guerre. C'est aussi et surtout l'histoire touchante de la rencontre entre Roméo, 11 ans et son "Nonno", Ottavio, ancien mineur au Bois du Cazier à Charleroi. Il faut dire qu'au début de cette semaine de vacances forcées chez son grand-père, Roméo n'est pas très enthousiaste à l'idée de passer quelques jours avec celui qu'il appelle "le vieux chiant", ce papy bougon qu'il ne connaît presque pas. Car Ottavio est un homme un peu rêche, empêtré dans ses souvenirs pas toujours heureux, qui se livre peu. Heureusement, ses journées sont égayées par la compagnie de la pétillante voisine, Lucie, et du cochon de son "Nonno", prénommé Mussolini... Mais au fur et à mesure que les jours passent, les liens vont se tisser entre le grand-père et son petit-fils, les souvenirs affleurer, et Ottavio va se raconter à Roméo, contre toute attente.
Voici un très beau récit où l'émotion est palpable, où le scénario subtil de Vincent Zabus nous tient en haleine, le tout servi par le dessin savoureux et sensible de Thomas Campi. Un roman graphiques qui nous parle de l'importance de la mémoire avec humilité et nostalgie, et qui sent bon l'Italie, avec ses couleurs chaudes de briques, de tomates et d'été.
Delphine
Avril 2016

Avec Les fondamentaux de l'aide à la personne revus et corrigés, on embarque dans le quotidien tragique de Benjamin et Trevor, qui tous deux ont été malmenés par la vie, l'un physiquement, l'autre moralement. Lequel des deux est le plus cassé? Finalement l'histoire ne le dit pas, mais cheminer avec eux est un pur bonheur de lecture. On découvre petit à petit leurs histoires, ce qu'ils trimballent avec eux comme casseroles, mais on entrevoit aussi ce que pourrait être leur avenir (ou pas). Dans ce roman, il y a de l'aventure, de l'amour, de l'amitié, de l'humour (parfois ras des pâquerettes) mais aussi une philosophie de vie qui nous amène à penser à ce que la vie nous a donné (ou repris) à nous, lecteur. Il y a aussi de la folie, du "c'est juste pas possible" et ça, c'est aussi ce que la littérature a de magique et d'incroyable, c'est qu'elle peut tout ou presque. Voici une terriblement bonne lecture qui, en plus, vous fait voyager à travers la moitié des USA (sans devoir demander de visa, ça ne se refuse pas).
Catherine
Avril 2016 - Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-Odile Fortier-Masek - Existe aussi en format numérique.
Dans ce roman, Mickey, 12 ans, nous fait vivre les quelques semaines de vacances estivales qui séparent son dernier jour à l'école primaire de son entrée au collège. Nous décrit son monde, dur, avec son regard d'enfant, doux, mais pas si insouciant que cela. Car nous sommes en 1980, dans un quartier populaire de Belfast, en plein conflit entre catholiques et protestants en Irlande du Nord. Et Mickey va découvrir au long de cet été tumultueux que la vie n'est pas si facile, et qu'il est parfois nécessaire de se battre et de franchir certains limites pour aller de l'avant. Entre un père alcoolique et violent, une mère devenue rêche à force d'épuisement, un frère aîné qui semble de plus en plus proche de l'IRA, une grande soeur qui s'éloigne peu à peu du foyer et une petite soeur avec qui il va être obligé de prendre un peu de distance, Mickey se débat entre son envie de grandir d'une part, sa peur d'être différent de l'autre. Car différent, il l'est, et les redoutables bandes de jeunes du quartier auxquels il ne parvient pas à se mêler le lui font bien sentir : sensible, doux, gentil, on le traite de "petit pédé", de fille.
Avec une écriture juste et sensible, Paul Mc Veigh nous décrit son pays et nous plonge dans l'ambiance de ce quartier populaire de Belfast, avec ses émeutes, ses habitants endurcis, où la peur de mourir et l'envie furieuse de vivre se côtoient. Car sous la noirceur du quotidien, on sent l'espoir d'un monde meilleur. Il a surtout créé un personnage très attachant, qui nous touche et nous parle. Un roman décidément plein de vie.
Delphine
Mars 2016 - Traduit de l'anglais (Irlande) par Florence Lévy- Paoloni - existe aussi en format numérique.
D'abord on rencontre Charlie, jeune écrivain mais déjà vétéran de la guerre de Corée, et sa jeune compagne Jaime, qui elle aussi se laisse aller à l'écriture. Ensuite, on fait la connaissance d'un ancien détenu qui fascine en même temps qu'il effraye le milieu littéraire.
Carpenter, dans ce roman magistral, dépeint ainsi progressivement une galerie de personnages terriblement attachants bien que souvent dépravés, alcooliques et auteurs. Des hommes et des femmes en manque de repères, qui se cherchent, qui construisent et déconstruisent leurs vies dans une Amérique qui semble proposer une seule voie pour sortir gagnant.
Nous sommes dans les années 70, sur la côte Est des États-Unis, et on navigue dans un cercle d'écrivains influencé par la beat génération, proche du poète Brautigan, proche du milieu hollywoodien friand de scénaristes capables de rendre banquable un film. Dans ce livre probablement en partie autobiographique, l'auteur nous permet d'approcher les joies et les tourments des écrivains et le pouvoir ou l'emprise que les mots lus et/ou écrits peuvent avoir sur eux. C'est un livre empli de nostalgie, d'amour, d'humanité.
Catherine
Mars 2016 - Traduit de l'anglais (États-Unis) par Céline Leroy.
Camille Jourdy nous avait séduit avec sa trilogie Rosalie Blum, objet d'une récente adaptation au cinéma, trilogie qui soit dit en passant, vient d'être rééditée chez Actes Sud BD dans un très beau volume aux couleurs tendres. Elle nous revient avec cette chronique familiale mettant en scène une famille comme les autres, ou presque, dans une petite ville de province française. On y suivra deux soeurs trentenaires : Marylou au caractère bien trempé, en situation familiale et conjugale délicate, et Juliette, sa jeune soeur hypocondriaque en pleine crise identitaire qui a décidé de quitter Paris pour passer quelques semaines chez son papa.
Camille Jourdy, habile et toujours très juste pour dépeindre le quotidien, nous livre une tragi-comédie parfaitement maîtrisée, vaudevillesque par moments, mais surtout très tendre, qui nous fait furieusement aimer ses personnages. C'est frais, c'est doux, à l'image de ses dessins délicats, aux traits fins et aux couleurs joyeuses presque naïves. Un roman graphique subtil, plein de grâce et d'humour dans lequel nous vous recommandons de plonger sans attendre.
Delphine
Février 2016.
Elyria, jeune New-Yorkaise, scénariste de soap-opéras, est une personne extraordinaire : lucide, drôle, courageuse, un peu décalée aussi et surtout au bord du burn-out émotionnel : le suicide de sa soeur, un mari brillant mais castrateur, une mère alcoolique, c'est vraiment beaucoup... Elle avance et même, elle fuit jusqu'en Nouvelle-Zélande, comme ça, sans prévenir quiconque. Elle ne veut divorcer de personne, seulement de sa propre histoire, mais est-ce possible? ça n'arrête pas de tourner dans la tête d'Elyria et c'est un vrai coup de coeur, coup de poing de partager ses pensées et ses rencontres.
Un magnifique roman, sur le fil entre folie et normalité, juste un gros manque d'amour...
Véronique G.
Février 2016 - Traduit de l'anglais (États-Unis) par Myriam Anderson - Existe aussi en format numérique.
Joseph est acteur, surtout dans des pubs pour du dentifrice. Del (Delphine) est biologiste, spécialiste des reptiles et travaille au zoo en attendant d'obtenir sa Green Card. William est le meilleur ami de Joseph, acteur lui aussi, mais moins talentueux et donc jaloux de celui-ci. Madi est la meilleure amie de Del et aussi la soeur d'un de ses ex. Tout ce petit monde évolue tant bien que mal dans le milieu assoiffé, arty et défoncé de New-York, et la rencontre entre Madi et William va entraîner le lecteur dans une toile poisseuse dont il ressortira chancelant et k.o. Brillant!
Catherine D.
Janvier 2016 - Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nathalie Peronny - existe aussi en format numérique.
Quel condensé d'émotions dans ce beau texte de Carol Vanni ! Des voix surgissent pour évoquer l'attente. Textes courts pour des attentes longues, tantôt fébriles, tantôt sombres, amusées, infinies ou brutalement interrompues. Chaque texte est plein, fini et nous touche : Carol Vanni nous offre une chute à chaque page.
Dans chaque texte, c'est une autre voix qui se fait entendre et cependant, un fil conducteur insaisissable se dessine. Les temps forts d'une vie se succèdent dans le désordre. Des naissances, des morts, des amours qui commencent ou finissent, des moments d'enfance. Entre les vagues, le lecteur reprend son souffle pour être témoin de l'attente toute simple d'un enfant dans une voiture au supermarché, ou même d'objets du quotidien, sans perdre un instant de sa densité. La tension dramatique se desserre alors pour mieux revenir d'un seul coup, juste après. Car chaque texte nous concerne au plus près, aucun ne nous laisse indifférent.
Chaque texte parle de nous.
Les peintures graves et silencieuses de Véronique Decoster entrent superbement en dialogue avec les voix des Pénélopes, au sein d'un livre qui s'inscrit joliment dans le beau travail éditorial de l'Esperluète.
Carol Vanni lira des extraits de son livre et répondra à vos questions chez Papyrus le 3 mars à 19h30.
Natacha
Quand les livres résonnent fort avec l'actualité, notre envie de vous en parler redouble : c'est le cas de ce roman qui brille par ailleurs par sa grande qualité d'écriture et de construction.
L'auteur relate la rencontre entre Albert Drilling et Irin Past. Le premier a pour mission de renvoyer chez eux les étrangers en séjour illégal en toute diplomatie, en particulier quand il s'agit d'une personne qui pourrait mettre en danger la carrière de son ministre. Rigoureux et législatif, il a l'habitude de maîtriser chaque détail dans son travail et dans sa vie. Mais ici, parfois, tout dérape...
Irin Past, elle, s'appelle peut-être Irin Past...mais peut-être pas. Néerlandaise jusqu'au bout des ongles, elle ignore tout de son passé et du pays qu'elle a quitté à l'âge de cinq ans. Elle vit et travaille sur une île où elle est devenue la protégée de trois hommes qui l'aiment chacun à leur manière. Une île farouchement attachée à son indépendance vis-à-vis de la métropole, aussi !
Plein d'humour malgré la gravité de son sujet, avec une tonalité tantôt absurde, tantôt émouvante, ce roman traite son sujet avec une grande intelligence et raconte aussi une belle histoire. L'auteur, comme il l'indique en commentaire, a joliment documenté son sujet sans que jamais cela n'alourdisse le propos.
A découvrir avec délectation.
Natacha
Janvier 2016 - Traduit du néerlandais par Danielle Losman.
Nous avions aimé En mer, du même Toine Heijmans.
Une histoire d'amour fou où le quotidien est sublimé par mille poésies fantaisistes, mille aventures imaginaires, le tout arrosé de cocktails enivrants ! Une danse effrénée à la vie, entre tristesse et sensualité, au rythme du "Mr Bojangles" de Nina Simone. Un premier roman captivant et tourbillonnant, qui rappelle que la folie n'est pas l'apanage des seuls "désaxés" et que l'amour permet tout !
Catherine D.
Janvier 2016
Quel diable, ce Veronesi ! Après le choc de Chaos calme, était-il possible d'imaginer une suite au destin si particulier de Pietro Paladini ? Mais oui, et c'est une vraie réussite, un bonheur total : une journée catastrophique, une fille unique qui fugue chez sa tante, d'énormes ennuis au boulot et pourtant... la vie éclate, et l'Italie aussi !
Véronique G.
Janvier 2016 - Traduit de l'italien par Dominique Vittoz - Existe aussi en format numérique.
Si proche et si lointain... La vie d'un homme à travers trois moments importants de sa vie : la fin de l'adolescence et le décès de sa mère ; l'âge mûr, le divorce et le travail de prof, si prenant ; enfin la soixantaine, la retraite, la douce liberté retrouvée. Il vibre de passions, politiques et amoureuses, il est discret et attachant mais aussi singulier et profond. Si proche et si lointain... Un ami, somme toute...
Véronique G.
Janvier 2016 - Traduit du danois par Alain Gnaedig.
Hubert Antoine est d'origine namuroise, désormais exilé au Mexique. C'est sur sa nouvelle terre d'accueil que ce premier roman surprenant et passionnant prend place.
Melitza est une jeune Mexicaine de 23 ans que nous allons apprendre à connaître à travers ses carnets de notes, sorte de journal intime. Orpheline de mère depuis sa naissance, elle a été élevée par son père excentrique mais aimant qui lui a transmis une série de valeurs sociales et le goût de la vie. Un soir, elle est sera victime d'un terrible viol et va être amenée à fuir après le meurtre de ses agresseurs.
Le roman nous entraîne dans la fougue de le jeunesse de Melitza, à travers ses émois, ses amours, ses envies, ses rêves, beaux et naïfs aussi. Mais c'est aussi le Mexique qu'on découvre, la richesses de sa culture et de ses traditions, c'est une vraie ode à ce pays à la fois magique et terriblement violent, corrompu, inégalitaire, un pays qui ensorcelle.
Comme souvent aux éditions Verticales, la plume de l'auteur est belle, fluide, entraînante, sans accro. On est littéralement porté par le texte, sans effort. Et on est balloté entre la légereté de la jeunesse de Melitza et les évènements tragiques de sa vie. Un texte à la fois intime et politique, à découvrir assurément.
Catherine
Janvier 2016 - également disponible en format numérique.
Comment l'arrière-petite-fille d'un certain Joseph Davrichewy, camarade et "presque" frère de l'autre Joseph, Staline, nous replonge dans la Géorgie du début du XXe siècle, et dans l'histoire de la révolution russe.
Un récit étonnant, porté par la fascination de l'auteure pour son arrière-grand-père, et son amour pour son père, qui nous fait découvrir un bouillonnant Staline, dans la force de la jeunesse, et un intrépide arrière-grand-père au caractère bien trempé.
Un roman touchant sur la mémoire familiale.
Delphine
Janvier 2016
Ruth Kowalsky, 12 ans, a bien l'intention de fausser compagnie à sa famille en pic-nic pour aller à la rivière toute proche. Elle sait que la frontière entre la Caroline du Sud et la Géorgie se situe au milieu de la Tamassee, elle pourrait mettre un pied de chaque côté... Elle n'a pas pensé à la profondeur, au froid, au courant qui, finalement, l'emporte.
Les jours passent et la rivière ne rend pas le corps de Ruth. Ses parents mobilisent leurs puissants moyens pour tenter d'imposer un dynamitage pourtant interdit par le statut du site. S'installe alors un débat public entre leur conception et celle des écologistes mais aussi des amoureux de cette splendeur sauvage. Pour eux, Ruth repose dans un endroit sacré et il ne faut ni la déranger ni déranger son sanctuaire...
Avec ce roman, Ron Rash nous offre une magnifique réflexion sur notre condition humaine, notre rapport à la nature et surtout sur nos responsabilités, des plus intimes aux plus citoyennes.
Puissant et passionnant.
Véronique G.
Lyonel Trouillot est un grand auteur haïtien qui entraîne régulièrement ses lecteurs aux confins de l'âme humaine, mais aussi, à la recherche de l'âme des lieux, des quartiers, des rues...
Dans son dernier roman, on découvre cinq "amis" (Popol, Joëlle, Sophonie, Wodné, et le narrateur) qui résident à la rue de l'Enterrement, rue qui mène au cimetière de la ville. Le lieu peut sembler misérable si l'on s'en tient aux revenus de ses habitants mais la rue abrite en réalité des gens emplis de conviction, de rêve, de soif de savoirs, des militants, des sages aussi (Man Jeanne, Le "petit professeur"). Bref des gens non moins valeureux (au contraire) que les hommes politiques ou les humanitaires qui envahissent le pays. Les cinq amis de la rue de l'Enterrement grandissent en empruntant des chemins différents qui les éloignent les uns des autres. L'une d'entre eux travaille au "Kannjawou", un mot qui signifie fête et partage dans la culture traditionnelle haïtienne mais qui est aujourd’hui le nom d'un bar branché où se retrouvent les expatriés et les nantis de l'île. Le "Kannjawou", c'est le symbole de la déroute du pays.
Dans ce pays qui souffre tant et où la frontière entre le monde des morts et celui des vivants semble toujours si ténue, quel avenir les jeunes de la rue de l'Enterrement peuvent-ils entrevoir? Trouillot nous monte qu'Haïti est pleine de ressources, que ses habitants sont prêts à prendre leur destin en main mais qu'ils sont pris en tenaille entre la corruption des hommes au pouvoir, l'aide humanitaire qui amène ses propres manières de fonctionner en empruntant à la culture locale ce qui l'arrange. Ces éléments détruisent la solidarité du peuple qui semble pourtant prêt à se battre pour son avenir.
Catherine M
Janvier 2016 - existe aussi en format numérique
Quelques liens pour en savoir plus
Ernst Ritcher semble être un jeune homme ambitieux, businessman plein de talents et de charmes. Après avoir fait fortune dans l'informatique, il a, depuis quelques années, mis sur pied une société qui fournit des alibis aux époux et épouses infidèles. C'est malheureusement un des pieds de Ritcher qui sortira un jour du sable prés d'une plage en Afrique du Sud.
Deon Meyer nous entraîne une fois de plus dans son pays natal et construit avec brio un polar tout à la fois haletant et plein de charme. Dès le départ, deux récits parallèles se font face et on anticipe qu'ils se rejoindront un jour ou l'autre. Les ingrédients sont là pour faire un bon roman policier : histoires de famille, trafics de drogue, héritages, le tout dans un décor d'exploitation viticole; et le texte suit pour tenir le lecteur en haleine, dialogues bien rythmés ou monologues intérieurs qui laissent percevoir les doutes et les failles des protagonistes. C'est un livre où le mensonge tient une place centrale. En effet, les héros, les victimes, les bourreaux y recourent tous pour sauver la face, masquer des dettes ahurissantes, camoufler une escroquerie qui permet de sauver la famille, dissimuler un penchant pour la boisson qui pourrait faire replonger un des héros du livre dans le cauchemar de la dépendance.
Catherine M
Janvier 2016, traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Georges Lory - existe aussi en format numérique.
Nous sommes à Londres en 1920. Deux années ont passé depuis la fin de la terrible guerre où tant de choses ont changé pour tous : les hommes revenus vivants qui, profondément marqués, peinent à retrouver du travail, un amour simple et une place dans ce monde. Et les femmes, qui tentent de les comprendre, tout en pansant leurs propres blessures - celles de la perte, souvent.
Dans cette époque où tous les équilibres semblent rompus, nous suivons trois magnifiques personnages.
Hettie a 19 ans et, tous les soirs, elle travaille pour gagner de l'argent pour elle, pour sa terrible mère et pour son frère rendu amorphe par la guerre. Son travail est particulier: pour six pence, elle accompagne dans un salon de danse les hommes qui n'ont pas de partenaire. Avec son amie Di, elle sort aussi danser pour le plaisir et fait l'étrange rencontre d'Ed dans une soirée où la musique l'enivre.
Evelyn, elle, a perdu son fiancé pendant les combats. Elle voit chaque jour défiler devant son bureau les anciens soldats qui revendiquent une meilleure pension, et pour qui elle remplit des formulaires en trois exemplaires.
Ada a perdu son tout jeune et unique fils. Elle voudrait comprendre, n'a reçu que des informations lacunaires sur les circonstances de sa mort au front. Entre elle et son mari, Jack, ce deuil impossible creuse un fossé qui s'agrandit...
Ces trois femmes attachantes, nous les suivons ainsi que leurs frères, maris, collègues, amies, pendant les cinq journées qui précèdent le 11 novembre 1920, jour où une immense cérémonie est organisée en mémoire du soldat inconnu britannique.
Tout est si juste, émouvant, équilibré dans ce roman : la construction, la pudeur, le poids de l'Histoire sur les liens d'amour, d'amitié, de famille. C'est un roman des nœuds qui se délient, des paroles qui libèrent. C'est bien plus encore et nous vous invitons chaleureusement à le découvrir !
Un grand coup de cœur, vraiment.
Natacha
Janvier 2016
Certains livres vous prennent les tripes et vous transforment : sans bien que vous sachiez comment, ils vous ont repétri comme de la glaise. Celui-ci en fait partie.
Le roman de Bob Shacochis est une immense fresque qui contient plusieurs romans dans un seul, sans pour autant perdre son fil conducteur, au point qu’on peut dire que sa construction relève du génie.
L’auteur nous fait voyager de l’île d’Haïti dans les années 90 à la Croatie de la fin de la seconde guerre, puis à la Turquie en 1986 et à nouveau aux années 90 sur le continent américain, et il truffe son histoire de détails et d’évocations sur le contexte géopolitique entre ces différents époques et lieux. Il nous laisse entendre que les trajectoires humaines prises dans les brutalités des guerres peuvent avoir des répercussions sans fin sur d’autres pays, d’autres guerres, d’autres générations.
Avec une écriture magnifique et qui laisse le lecteur sans repos, il nous présente aussi des personnages bouleversants, anges et démons à la fois, rendus fous par la guerre et la brutalité des hommes, tout en rendant bien, parfois, cette brutalité.
Dottie Chambers, adolescente puis jeune femme qui constitue un des fils conducteurs de cette aventure littéraire hors du commun, étincelle littéralement par sa force étonnante : autonome et intrépide dans les rues d’Istanbul, gardant son sang-froid dans un naufrage, inconsciente de la cruauté que la vie lui impose, elle ne sort néanmoins pas indemne de l’histoire d’amour et d’abus qui la lie à son père, lui-même à la fois brisé par la guerre et rendu fou par la soif de vengeance.
C’est un portrait bien noir des dessous de la géopolitique que nous fait aussi Shacochis : des hommes assoiffés tantôt d’argent tantôt de vengeance tirent des ficelles invisibles, face auxquelles les tentatives de lutte pour les droits humains paraissent bien dérisoires et impuissantes.
On pourrait encore dire bien des choses de ce roman : découvrez-le par vous-mêmes, plongez-vous dans cette aventure au long cours qui exige une lecture vigilante et concentrée mais qui tient mille fois ses promesses. Waw.
Natacha
Janvier 2016
A travers le destin de Dorrigo Evans, jeune officier médecin australien et non moins héros de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale, Richard Flanagan nous fait découvrir un pan étonnamment méconnu de ce conflit : celui de la "Voix ferrée de la mort", cette ligne de chemin de fer construite de force par les prisonniers de guerre des Japonais dans la jungle asiatique.
L'ancien héros de guerre se souvient de cet épisode particulièrement sombre et violent de son existence, où à chaque instant, il a dû se battre avec les hommes de son bataillon pour garder un semblant de condition humaine, pour survivre surtout. Il comprend à quel point l'entraide, la solidarité, mais aussi les liens avec les personnes chères laissées au pays ont permis à certains d'entre eux de garder l'énergie de vivre dans cet enfer. Car Dorrigo a été porté par un amour vibrant pour Amy, l'épouse de son oncle avec laquelle il a vécu une passion intense juste avant de partir au front, et cet amour impossible traversera non seulement ces années dans les camps de travail japonais, mais le hantera toute son existence, jusqu'à sa mort, cinquante ans plus tard.
De son écriture âpre et très belle, Richard Flanagan nous plonge dans l'esprit de Dorrigo Evans, dans ses pensées tourmentées, dans ses souvenirs parfois confus, où amour et mort se mêlent obscurément et qui l'auront marqué tout au long de sa vie. Car c'est bien la question de l'oubli et de la mémoire qui est au coeur de ce livre.
Richard Flanagan s'intéresse aussi aux bourreaux de ces camps : simples officiers ou haut dignitaires japonais, gardes coréens, et tente de comprendre comment ils ont suivi les ordres de l'empereur, portés par un sens du devoir et du sacrifice aveugles, et ont balayé tout sentiment humain. Il nous les décrit pendant la guerre, mais aussi après le conflit, dans un Japon dévasté, puis en progressive reconstruction, dont nous connaissons peu l'histoire depuis notre Occident.
Un roman puissant et bouleversant, parfois dérangeant par sa violence, qui ne laisse pas indifférent.
Cet ouvrage a été récompensé par le Man Booker Prize en 2014.
Delphine
Janvier 2016