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On ne sort pas indemne de ce roman, bouleversant, cruel et tendre à la fois.
Sorj Chalandon y raconte son enfance auprès d’un père violent et mythomane, et d’une mère effacée. Mais l’intention de Chalandon n’est pas d’apitoyer le lecteur sur son sort d’enfant battu, et le ton n’est pas larmoyant. Loin de là. Suite au décès récent de son papa, il a en effet décidé de raconter ses blessures d’enfance, afin de mieux les cicatriser.
Il raconte les délires et la violence de son père, dont il ne connaîtra jamais la profession, mais qui était à ses yeux un incroyable agent secret, ce père qui l’entraînera toute sa jeunesse à devenir soldat d’une association secrète, en vue de l’assassinat du Général De Gaulle. Il raconte sa mère, maltraitée, passive face à ces violences, l’ombre d’elle-même, dans un réel déni de la maladie mentale de son époux. Il racontera aussi comment tous ces mensonges le faisaient aussi rêver au destin fabuleux de son père… A 12 ans, on ne remet pas en question les paroles de son papa.
Sorj Chalandon nous touche aussi particulièrement dans la seconde partie de son roman quand on découvre son double autobiographique, Emile, essayant de renouer contact avec ses parents après des dizaines d’années de salvatrice et nécessaire prise de distance. On y sent toute la tendresse d’un homme qui essaye d’oublier, de tourner la page, de tendre la main malgré tout.
Profession du père est un récit conté d'un rythme soutenu, intime, mordant, un vrai coup de poing. Un livre qui ne laissera personne indifférent.
Delphine
Septembre 2015
Lire Joyce Carol Oates n'est jamais de tout repos, tant les faits racontés émeuvent, dérangent, perturbent. Mais sa plume limpide, le rythme soutenu du récit qui tient du polar, forcent le lecteur à foncer tête baissée, même s'il en sort toujours un peu abasourdi.
L'histoire commence par la découverte du lit vide de Cressida, au petit matin d'un jour de juillet 2005, par sa mère Arlette. Cressida est la fille cadette de la famille Mayfield, famille respectée de la bourgeoisie de Carthage, dans l'Etat de New York.
Zeno Mayfield, le père de la jeune disparue, est l'ancien maire de la ville. Zeno et Arlette ont deux filles adolescentes, l'aînée, Juliet, est "la jolie, "la douce" et "la bénie". Elle vient de rompre de manière inattendue ses fiançailles avec le caporal Brett Kincaid, un rescapé de la guerre d'Irak, revenu défiguré, brisé. Quant à Cressida, la cadette, elle est "l'intelligente" mais "la laide", "la damnée". Un petit corps mal fichu, un visage sans charme où seules deux pupilles brunes pétillent. Petite fille blessée, hypersensible, n'ayant que du dégoût pour elle-même.
Brett Kincaid est le dernier à avoir vu Cressida vivante.Mais que s'est-il réellement passé lors de cette terrible soirée, au Roebuck, un café mal fréquenté, où on ne l'avait jamais vue ? Dans le cerveau dérangé et la mémoire fracassée de Brett, tout se confond : souvenirs de la guerre où des atrocités ont été faites sur des civils irakiens, sa conscience ne le laissant pas en paix, et tentatives de formuler les événements de sa dernière rencontre avec Cressida. Cressida dont le corps ne sera jamais retrouvé, seul son petit pull rayé noir et blanc, le sera, mais plus tard, sur la berge du fleuve. Après des aveux de meurtre, tourmentés et incertains, Brett est incarcéré dans une prison de haute sécurité.
La disparition de leur fille et l'incarcération de Brett fera "exploser" l'harmonie familiale des Mayfield. Zeno "avait entendu dire que la mort d'un membre de la famille provoque une réaction sismique parmi les survivants", "l'absent reste absent et douloureusement présent".
Mais le lecteur n'est pas au bout de ses surprises. D'intéressants et d'étranges personnages traversent le roman comme "l'Enquêteur", un chercheur qui tient à "exposer le ventre malade de l'âme américaine" et qui enquête sur les couloirs de la mort dans les Etats qui pratiquent encore la peine capitale.
Tout se tient, tout nous donne à réfléchir, par une des auteurs qui est "toujours aux prises avec les pires aspects du comportement humain".

Véronique B., une admiratrice incurable de Joyce Carol Oates
Octobre 2015 - également disponible en format numérique.
Michaël, un après-midi de canicule, voit la porte de ses chers voisins anormalement ouverte, ils ne sont normalement pas là. Il entre et vérifie les lieux, avec une angoisse croissante. Que va-t-il découvrir sur lui, sur ses amis dans cette maison silencieuse, apparemment figée sous le soleil implacable du dehors ?
Et qui se sentira responsable du drame qui va se jouer ?
Tant de questions surgissent après la lecture de ce magnifique roman, et tellement intéressantes... Quand sommes nous bons ou mauvais? Comment réagir quand dans le quotidien survient un élément qui nous bouleverse?
Et pour ne rien gâcher, l'ambiance de Londres est terriblement bien rendue, on s'y croirait.
Véronique G.
Octobre 2015 - également disponible en anglais en format numérique.
Un roman étourdissant qui suit au plus près les pensées de Fiona Maye, juge respectée aux affaires familiales. L'intérêt de l'enfant est une notion qu'elle maîtrise parfaitement, délicatement, sereinement,
Face au cas d'Adam, dont la leucémie nécessite une transfusion interdite par la religion de ses parents, témoins de Jéhovah, elle va, bien sûr, faire son métier au mieux mais est-ce que ce sera suffisant, dans l'intérêt de l'enfant ?
Véronique G.
Octobre 2015 - également disponible en format numérique.
Nous sommes en république Tchèque, en 1941, où on assiste à la déportation de nombreuses familles vers le ghetto de Terezin. A travers une langue d'une grande richesse, l'auteur nous offre une ambiance, une atmosphère, des visages, des gestes et nous entraîne au cœur du ghetto. On partage la vie d'une homme pendant environ deux ans, une vie de pauvreté, de misère, de tristesse mais où des rayons de soleil, des gestes de solidarité, de complicité parviennent à percer la noirceur quotidienne. Un texte court, vif et poétique qui happe le lecteur.
Catherine
Septembre 2015 - disponible également en format numérique.
Plusieurs voix se succèdent dans ce roman. La première est féminine, c'est la voix de Nizam, jeune fille pachtoune, lourdement blessée, qui vient enterrer son frère mort au combat. Mais le corps du jeune homme semble intéresser les Américains et le gouvernement de Kaboul qui espère l'utiliser pour prouver qu'un haut dignitaire taliban a été éliminé. Nizam tente d'expliquer qu'il n'était en rien taliban mais ses propos semblent se perdre dans le vent de la plaine afghane. Viennent ensuite les voix des soldats américains présents dans la base et qui ont subi de lourdes pertes suite à l'attaque menée par le frère de Nizam et ses compagnons. Dans cette base enfin, la voix de l’interprète afghan, rempli d'admiration et d'espoir face à ces Américains qui viennent "sauver" son pays.
A travers ces différents personnages, on palpe la tension des combats, la fatigue extrême des uns et des autres, on tente de comprendre mais on est surtout confronté à l'horreur et à l'absurdité de la guerre. A travers des références historiques connues (l'histoire d'Antigone et la mythologie grecque), l'auteur interroge le présent, les sensibilités humaines, les valeurs et les conflits intérieurs des soldats plongés dans des situations vides de sens. Un roman qui fait froid dans le dos car il nous plonge dans une situation ô combien actuelle.
Catherine
Septembre 2015 - existe aussi en format numérique.
L'imposteur, c'est un formidable roman sans fiction, une enquête à la fois personnelle, politique et littéraire menée de main de maître par Javier Cercas.
En 2005, Enric Marco devient pour bon nombre d'Espagnols un personnage infréquentable. Celui-ci s'est en effet fait passer pendant des dizaines d'années pour un ancien déporté des camps nazis. Il a donné des centaines de conférences sur le sujet, notamment dans les écoles. Il a présidé une amicale d'anciens déportés. Il s'est battu pour la mémoire mais en 2005, un historien dévoile le pot aux roses et révèle que Marco n'a jamais été déporté. Ce dernier avouera d'ailleurs sa faute. Depuis ce moment, Javier Cercas est obnubilé par la figure de Marco qui a également prétendu s'être engagé dans diverses luttes politiques de gauche. Quel est le vrai du faux dans le vie de cet homme ? Pourquoi a-t-il menti tel Don Quichotte qui s'inventait des aventures incroyables ? Et l'écrivain, jusqu'à quel point est-il lui aussi un imposteur quand il raconte des histoires ? Et si finalement nous n'avions pas tous besoin pour survivre de nous inventer un destin, d'écrire le récit de sa vie ?
Avec L'imposteur, Cercas nous entraîne dans une passionnante réflexion sur la littérature et l'homme mais il nous amène aussi à (re)découvrir l'histoire politique de l'Espagne. Voici un livre plein d'interrogations terriblement stimulant.
Catherine
Paru en août 2015, traduit de l'espagnol par Elisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic - existe aussi en format numérique.
Août 1973, la famille Faldérault s'apprête à partir en vacances dans sa 4L rouge. Mais s'est sans compter le retard de Pierre, paternel de la famille, et dessinateur de bandes dessinées qui doit terminer d'arrache-pied le dessin des planches qu'il a promises à son éditeur. Quand la famille embarque enfin, on relâche enfin la pression et on démarre en trombe dans la joie et la bonne humeur... Cap au Sud, comme chaque année, pour un "bel été" !
Dans ce Road moovie touchant, où défilent les paysages depuis la grise Belgique jusqu'à l'ensoleillée Ardèche, Zidrou et Lafebre nous livrent un portrait sensible de cette famille qui sous le vernis joyeux, cache quelques blessures, quelques égratignures. La tante Lili est très malade, les enfants se disputent, mais surtout, le couple bat de l'aile et sait que ce seront les dernières vacances en famille, sans avoir osé l'avouer aux enfants... Mais sous le soleil du Sud, bien des choses peuvent changer, et la vie semble plus belle, surtout quand on décide de se recentrer sur l'essentiel.
Un album servi par le dessin tout en finesse de Jordi Lafebre et les chatoyantes couleurs qui sentent bon l'été. Une histoire qui a beaucoup de charme et qui vous fera furieusement penser à ces beaux étés de votre enfance.
Delphine
Septembre 2015 - existe aussi en format numérique.
Zeina Abirached est incontestablement douée pour faire vibrer le noir et blanc, le faire vivre sous nos yeux. Elle nous le prouve dans ce roman graphique très réussi et virtuose, où elle nous livre un portrait tout en nuances de son histoire familiale. Un album passionnant qui nous balade entre le Paris contemporain où le lecteur la découvre en jeune artiste Libanaise exilée et le Beyrouth des années 60 de son arrière-grand-père, Abdallah Kamanja, musicien ingénieux et inventeur d'un étonnant piano oriental qui a la particularité de jouer les quarts de tons propres à la musique d'Orient.
Comme l'avait fait l'Iranienne Marjane Satrapi avant elle, dans un Persepolis qui semble avoir inspiré la jeune Libanaise, Zeina Abirached porte un regard tendre et détaché sur l'histoire de sa famille, et sur le Liban d'avant la guerre. On plonge dans l'ambiance de la ville, dans son charme désuet, rétro, on s'amuse de la manière dont l'auteure dessine Beyrouth et se joue des sons et des onomatopées, comme une musicienne.
Son dessin est très graphique, presque géométrique, vraiment ingénieux, absolument unique. Et si ses noirs sont profonds et ses blancs éclatants, c'est pourtant un album tout en nuances et en quarts de tons qu'elle nous laisse découvrir. Car Zeina Abirached est bien une femme à moitié Libanaise, à moitié Française, à moitié francophone, à moitié arabophone, se sentant toujours à la frontière entre la culture d'Occident et d'Orient. Et ce sont ces interrogations sur son identité mixte qu'elle nous livre aussi dans ce roman graphique.
Un album vraiment étonnant à découvrir.
Delphine
Septembre 2015 - existe aussi en format numérique.

Virgil, Chancal, Assan, Iman fuient la guerre, la violence, la misère... Tantôt brutalement, parfois délicatement, on découvre leurs histoires sous la plume de Pascal Manoukian, ça retourne les tripes, ça secoue, ça perturbe nos univers douillets.
Au fil du livre, le quotidien dur et cruel des réfugiés et migrants en Europe est décrit. Une terrible scène nous amène sur un parking, à la fine pointe de l'aube, dans la banlieue parisienne. Les camionnettes passent chercher la main d’œuvre nécessaire pour la journée, on négocie (ou pas) les prix, les tâches, les conditions de travail. Si on est seul, non intégré dans une communauté, un réseau, c'est l'exploitation assurée...
Ce premier roman nous a particulièrement touchées. Le texte bien construit nous entraîne au cœur des vies de chacun de personnages. L'auteur dépeint une réalité amère et âpre mais il nous montre aussi que des petits gestes, des rencontres, peuvent changer la destinée. Une texte à découvrir sans hésiter, tant pour son contenu (malheureusement terriblement actuel) que pour la plume de l'auteur qui tient son lecteur en haleine tout au long du roman.
Catherine
Août 2015 - existe aussi en format numérique.
Intriguée depuis longtemps par la famille Mendelssohn, par Moses Mendelssohn, le penseur humaniste du XVIIIe siècle épris de libertés et par Félix Mendelssohn, le grand compositeur romantique, Diane Meur s'est finalement lancée dans l'aventure et attaquée à un travail de longue haleine, celui de dresser le portrait de cette immense famille, et d'en dessiner avec précision la "carte généalogique". L'ouvrage tient ses promesses en nous livrant une peinture historique foisonnante et pointilleuse de la grande communauté des Mendelssohn, depuis l'époque de Moses jusqu'à nos jours. Mais c'est finalement davantage le témoignage de l'auteure, Diane Meur elle-même, qui s'y met en scène et qui s'y livre, qui touchera le lecteur. L'écrivain s'y raconte comme souvent dépassée par l'ampleur de son sujet, parfois perdue dans cet arbre généalogique tentaculaire, mais toujours passionnée par ses recherches... et le roman devient celui de son enquête, entre Paris et Berlin.
La carte des Mendelssohn est un ouvrage érudit pour les amateurs d'histoire qui y verront comment de multiples influences peuvent métisser l'histoire d'une famille à travers les siècles. C'est surtout un récit touchant sur le travail de création où l'auteure se livre avec beaucoup de sincérité et une salutaire dose d'humour.
Delphine
Août 2015
Delphine de Vigan qu'on ne présente plus, (chacun se souvient des Heures souterraines et Rien ne s'oppose à la nuit), nous livre un roman d'une habileté diabolique, qui nous tient en haleine de la première à la dernière ligne.
Elle soumet en même temps à la réflexion du lecteur des questions majeures : le rapport entre le réel et la littérature, de même que celui qui unit (voire oppose) la réalité et la vérité.
"Ce pourrait être un projet littéraire, écrire un livre entier qui se donnerait à lire comme une histoire vraie, un livre soi-disant inspiré de faits réels mais dont tout, ou presque, serait inventé".
Véronique B.
Août 2015
Le retour d'une famille, père, mère, fils, de l'exil américain, sur la terre natale d'Irlande. Leurs espoirs, vivre de leur ferme, s'intégrer à la communauté de ce coin du Donegal, vont se heurter aux coups du sort et les angoisses de chacun vont se réveiller. Des personnages très attachants. Une très belle écriture.
Véronique G.
Août 2015
L'empereur Charles Quint renonce à tous ses titres: il abdique. Le roman nous dépeint les mois durant lesquels il se défait du pouvoir et transmet à d'autres, non sans un certain soulagement, les responsabilités qui ont fait de lui l'homme le plus puissant du monde. Il va ensuite se retirer dans le monastère de Yuste, isolé dans la montagne.
Dans ce climat de dépouillement progressif où il assiste aux échecs de son fils et où le pouvoir semble peiner à se détacher de lui, il garde cependant l'esprit en éveil dans un domaine qui l'a toujours passionné: les horloges et leurs mécanismes. Une horloge astronomique en particulier va maintenir sa curiosité en alerte car il ne comprend pas son fonctionnement, différent des autres. Et notre curiosité à nous restera en alerte aussi jusqu'au terme du roman, où le mystère de l'horloge se dévoile.
Amélie de Bourbon Parme imagine mois après mois l'état d'esprit de l'empereur, puis de l'ex-empereur qui, souffrant et las mais aussi parfois impatient et tortueux, porte un regard désabusé sur son entourage et aspire à la retraite, au calme et à préparer sa mort, le tout portant un éclairage particulier sur son règne.
Outre son intérêt historique, Le secret de l'empereur est un superbe portrait d'homme, portrait politique, humain et philosophique, qui capte et retient notre attention tout le long du récit par ailleurs très bien construit.
Natacha
Août 2015
Un livre âpre et fort où l'on rencontre un homme, Daniel Avner, hanté par la disparition de sa famille dans un camp. Dès la fin de la guerre, son grand-père, lui aussi rendu fou par la perte des siens, lui imprime sa propre souffrance.
C'est l'histoire d'une impossibilité à habiter son corps, d'une culpabilité qui vide le corps de son existence, et de la rencontre qui redonnera à Daniel un peu de sa chair, non sans remous. C'est l'histoire de l'Histoire qui plie et tord les individus, les marque à vie et les rend fous. L'écriture de ce premier roman mérite d'être saluée pour sa justesse et sa qualité. C'est un roman dont on sort marqué, changé, éclairé sur l'humain, après être passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, car Elena Costa excelle à nous faire vivre presque physiquement les états de son personnage, et c'est assez terrible.
Natacha
Rentrée littéraire - août 2015
Comment raconter la vie, le sens de la vie, le sens d'une vie ? Par les histoires, par tout ce que nous aimons, l'intime du récit, l'équilibre inespéré entre celui qui dit et celui qui écoute, tous ces liens... Rien ne semble grave et pourtant, le destin peut basculer sur quelques mots. Lisez « La Source », une très belle histoire. Lisez la source une très belle histoire de secrets partagés entre Lottie, 90 ans, et la narratrice, jeune sociologue qui n'est certainement pas venue par hasard dans ce hameau proche de Langres...
Véronique
Août 2015
Nous sommes en 2037, Antoine sort de prison après 20 ans de détention et foule à nouveau les trottoirs de Paris. Ancien révolutionnaire criminel, il va redécouvrir le monde tel qu’il est devenu : pas si différent de celui que nous connaissons aujourd’hui, un peu plus technologique, un peu plus violent surtout. Après 20 ans d’isolement, il va aussi apprendre à renouer des relations humaines : avec des voisins de la cité Molière, avec ses nouveaux collègues, avec sa fille, qui semble elle aussi portée par sa volonté de changer le monde, radicalement. Mais de manière plus pacifiste que son père à l’époque…
Dans ce récit d’anticipation habilement mené, Denis Lachaud nous interpelle sur notre société, et ses possibles dérives futures. Inspiré de l’actualité brûlante du moment, l’affaiblissement de l’Europe, l’endettement de la Grèce ou de l’Espagne, l’augmentation de l’immigration et le manque criant de place pour les migrants, les mouvements révolutionnaires populaires qui se soulèvent un peu partout, ce futur qu’il nous décrit nous paraît crédible, et nous fait sans doute un peu peur par sa radicalisation. Mais Denis Lachaud trouve un ton juste et sincère qui n’est ni moralisateur, ni culpabilisant, mais plutôt volontairement utopiste, fantaisiste, parfois drôle, un ton percutant qui fait mouche.
Un roman qui donne à penser, sans se prendre trop la tête. Qui donne à rêver surtout à un autre monde. Et rien que pour ça, sa lecture en vaut le détour.
Delphine
Août 2015
Dans un Congo chahuté où la rivalité entre les ethnies et les jeux de pouvoir font la loi, Moïse, dit Petit Piment, appelé ainsi suite à un acte de bravoure, est un gamin qui, à 13 ans, n'a jamais connu que l'orphelinat de Pointe-Noire. Bien décidé à vivre sa vie, laissant derrière lui son meilleur ami, il décide de fuir et côtoie une jeunesse borderline. Jusqu'au jour de sa rencontre avec Mama Fiat 500 qui tient une maison de passe et le prend sous son aile. Ce seront des années heureuses pour Petit Piment... mais une décision municipale mettra à néant tous ses rêves de futur.
Emouvant, parfois drôle, Petit Piment symbolise la jeunesse africaine orpheline prête à tout (et à tous les sacrifices) pour exister.
Véronique B.
Août 2015
Dans son onzième roman, Toni Morrison nous fait entendre les voix d'hommes et de femmes aux relations dictées par leurs traumatismes, mensonges ou vérités cachées, mais aussi par une forme de racisme qui dénature les rapports familiaux.
Lu Ann, dite Bride, naît tellement noire que sa mère répugne à la toucher. Pour s'attirer l'amour de sa mère, la petite va jusqu'à faire un faux témoignage qui mettra une institutrice en prison. Une fois adulte, sa volonté de se racheter ne la quittera plus. L'ancien compagnon de Lu Ann, Booker, ancien étudiant solitaire et trompettiste à ses heures, conserve en lui le spectre d'Adam, le frère aîné, tué par un pédophile pervers.
Ce n'est que libérés des mensonges, du poids du souvenir et de l'humiliation, qu'ils pourront envisager un nouvel avenir commun.
Toni Morrison, grande dame de la littérature américaine, décrit le monde d'aujourd'hui sans aucune concession, dans un style limpide, avec une touche d'humour.
Véronique B.
Août 2015
... "Ma voix elle vaut rien devant celle du colon - C'est parce que les Français ils disent qu'ils ont la prépondérance - C'est quoi, la prépondérance ? - C'est quand tu prépondères - Qu'est-ce que ça veut dire ? - C'est quand tu as les mitrailleuses et les Sénégalais - Les Français, ils disent que tu es prépondérant quand tu es plus civilisé - Plus civilisé ?..."
Voici un roman à rebondissements, conté d'un rythme soutenu et sur un ton moqueur.
Nous sommes à Nahbès, ville imaginaire, entre 1922 et 1924, une ville coupée en deux par un lit d'oued, très raviné... la rive gauche, la rive droite, la ville indigène, la ville européenne. Quand des Américains débarquent afin d'y tourner un film, "Le guerrier des sables", la petite ville est en émoi. Bruyants, d'allure frivole, surtout les femmes dont "les robes laissaient voir beaucoup de chair" et "qui s'installaient sans hommes à la terrasse des cafés", ils perturbent le monde policé des prépondérants, d'autant plus que les Américains "copains avec tout le monde, un officier à particule ou l'épicier Ben Machin, c'était quand même insultant... il y en avait même qui s'étaient mis à apprendre l'arabe... et les bicots, ils s'y croyaient déjà ". Mais la petite communauté américaine est aussi perturbée par une affaire qui défraie la chronique, là-bas, chez eux, dans le monde du cinéma, une histoire de viol suivie d'un décès.
Dans tout ce méli-mélo, on s'attache à Raouf, le fils du caïd Si Ahmed, bachelier doué qui a fréquenté le lycée français. Raouf rêve de liberté, de justice et d'indépendance. Raouf et Ganthier, un riche colon, effectueront "le grand voyage" qui les mènera de Paris à l'Allemagne. Belkhodja, commerçant prétentieux, aux rêves de grandeur, finira acculé par des dettes qui fera dire à un prêteur : "Quand la fête est finie, il ne reste que du linge sale".
On croisera la route d'un trio de femmes aux caractères bien trempés : Kathryn, une actrice américaine, Gabrielle Conti, une journaliste française et Rania, jeune veuve, intellectuelle, "sculpturale, des yeux en amande" qui a le goût des livres, lisant l'arabe et le français.
On pourrait dire encore beaucoup de choses sur cet excellent livre... notamment qu'on ne s'y ennuie pas une seconde.
Véronique B.
Août 2015
Ari est le personnage principal du roman, dont la vie nous est racontée par son meilleur ami d'enfance. Ari revient à Keflavik, une terre âpre, en Islande, de 10 000 âmes, d'où il est parti depuis deux ans, fuyant une rupture amoureuse et bien des souvenirs, et toujours la douleur de la perte de sa mère, décédée alors qu'il était tout jeune. "On peine à respirer dans les petites sociétés, le manque d'air est suffocant, je m'en vais avant d'étouffer" écrit-il à son ami et confident de toujours.
Dans cette chronique familiale, Jon Kalman Stefansson construit son récit en trois temps : l'histoire d'Oddur, le grand-père, pêcheur renommé qu'Ari n'a pas vraiment connu mais dont il a si souvent entendu parler et de sa grand-mère Margret, Ari, jeune garçon et son père Jakob, avec lequel les mots sont si difficiles à partager, et Ari, de retour aujourd'hui, à la recherche de ses souvenirs sur la terre aride de Keflavik. Jon Kalman Stefansson alterne les époques avec virtuosité.
Poète, avec une tendresse pour ses personnages et son pays natal qu'est l'Islande, Stefansson émeut, nous parle de la vie, de la mort, de nos erreurs... avec intelligence,
Assurément un beau et grand livre.
Véronique B.
Août 2015
Un roman distrayant qui se lit comme un jus de fruits frais: dans un quartier où les murs sont si fins que toutes les conversations les traversent, une galerie de personnages hauts en couleurs défile et nous fait sourire: l'assistant pharmacien qui étudie les notices des médicaments par cœur avec un goût particulier pour les effets secondaires en tous genres; l'ancien officier japonais qui a passé trente ans de sa vie à poursuivre le combat tout seul en se retranchant dans la forêt bien après que le guerre soit finie; Otto le grincheux, qui boit des tisanes de laitue pour mieux dormir; etc. Une lecture légère et agréable.
Natacha
Rentrée littéraire - août 2015
Etienne est photographe de guerre. Il a passé plusieurs mois enfermé, pris en otage dans un pays en conflit. Otages intimes, c'est l'histoire de son retour à la vie libre, retour qui ne coule pas de source et s'accompagnera d'autres douloureuses ou heureuses libérations. Car c'est peut-être le principal sujet de ce roman beau et touchant qui porte si bien son titre: les délivrances intérieures des autres personnages répondent à celles d'Etienne et en refermant le livre, le lecteur lui-même a l'impression d'avoir dénoué certains de ses liens. Otages intimes, c'est aussi une plongée dans la nature, une belle méditation sur l'enfance et un portrait de mère qui ne laissera pas indifférent... Si vous avez aimé Profanes, vous retrouverez avec bonheur l'écriture fine et sensible de Jeanne Benameur pour un livre qui, tant par le choix du sujet que par son traitement, égale largement le précédent.
Natacha
Rentrée littéraire - août 2015
Un récit incroyablement complexe de l'histoire d'un couple tout nouvellement amoureux, tissée avec celle du 11 septembre.
Lui est à New York, ce jour-là, elle, est à la Jamaïque avec une amie. Elle l'imagine parti déjeuner dans l'une des tours, impossible d'avoir des nouvelles. Totalement paniquée , elle va enchaîner les étapes d'une descente aux enfers dont elle ne voudra pas parler. Ils se retrouvent, elle a changé, devant son silence, il est jaloux, il se tait aussi, tout le monde est bouleversé mais eux, comment vont-ils faire pour continuer ensemble ?
Une réflexion subtile sur les liens entre l'universel et la vie personnelle.
Véronique G
Mai 2015 - existe aussi en format numérique.
Plongez-vous dans l'univers incroyable de Pukhtu, roman policier mais aussi politique, humain, guerrier. C'est tout simplement magistral. Le rythme est haletant, le sujet, passionnant : la guerre entre les organisations paramilitaire américaines et les talibans dans le bourbier afghan.
Rien n'est bien sûr simple, ni les motivations de ces organisations, ni celles de leurs membres et ce n'est pas nécessairement plus clair du côté des talibans, les luttes ethniques ne simplifiant pas les alliances. L'histoire personnelle de chacun des personnages importants nous est dévoilée avec beaucoup d'intelligence, ce qui rend la distinction entre le Bien et le Mal encore plus délicate.
Vivement la suite !
Véronique G
Mai 2015 - existe aussi en format numérique.