Nous avons l'immense joie de vous convier à une rencontre exceptionnelle en compagnie de l'écrivaine française Marie-Hélène Lafon, autour de son oeuvre littéraire.
Marie-Hélène Lafon est née dans le Cantal en 1962. Elle vit et travaille à Paris. Romancière et nouvelliste, elle a notamment publié chez Buchet/Chastel Les Derniers Indiens (2008), L’Annonce (2009), Joseph (2014) et Les Sources (2023). En 2025, elle a publié Vie de Gilles aux Editions du Chemin de Fer. Elle a obtenu le prix Renaudot des lycéens 2001 pour Le Soir du chien, le prix Goncourt de la nouvelle 2016 pour Histoires et le prix Renaudot 2020 pour Histoire du fils.
Nous vous attendons nombreuses et nombreux !
Voici le texte qu'elle a spécialement écrit pour la Grande librairie, droit dans les yeux :
Construire un feu, c’est le titre d’une nouvelle de Jack London
où la vie d’un homme ne tient qu’à un fil,
ce fil,
savoir ou ne pas savoir construire un feu pour sauver sa peau
par moins cinquante degrés seul au milieu de rien
dans l’hiver du grand Nord canadien.
On dirait que nous en sommes à peu près rendus là, nous,
humanoïdes du premier quart du premier siècle du troisième millénaire,
acculés à cette urgence, suspendus à ce fil
dans le vide de nos guerres, de nos saccages,
de nos réchauffements, de nos atermoiements
et de nos impuissances.
On dirait que nous n’avons plus le choix.
Construire un feu, ce serait ici et maintenant,
ça commence aujourd’hui et ce serait à recommencer toujours,
ça s’apprend, et ça se partage.
Il ne faut pas que les gestes se perdent, ni les secrets,
il faut marcher sur le fil et souffler sur les braises.
Les travailleurs du verbe que sont les écrivains soufflent sur
lesbraises des mots, des phrases et des histoires.
Ils ne savent pas toujours qu’ils le font, ni comment ils le font,
ni même pourquoi, mais nous, humanoïdes du premier quart
du premier siècle du troisième millénaire,
nous avons besoin des histoires qu’ils ont racontées,
desphrases qu’ils allument, des mots qu’ils attiseront.
Pour dire les choses au lieu de tirer dans le tas,
pour tenir tête aux vents contraires
et faire face aux vertiges familiers,
nous avons besoin du juste mot à la juste place,
des mots qui nous traversent, nous dépassent et nous débordent,
des mots comme confiance,
ou vaillance,
ou silence.
Copyright photo : Olivier Roller